Nouvelles-hybrides

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To Woody Allen’s To Rome with love

Par • 5 Sep, 2012 • Catégorie: J-P L.G., Opinions sur rue

« C’est long », « Je me suis ennuyée », « Je n’ai ri qu’une seule fois », « Ce n’est pas grand chose » … Bon : ils se trompent, mais une fois de plus ou de moins, et ce sont des amis, ou même pire. Voyons les critiques (celle qui les a sélectionnées, pour l’affichage du cinéma d’art et essai de Châteauroux, me signale qu’elle a mis les moins négatives, et en effet, si l’on va à http://www.premiere.fr/film/To-Rome-with-love-1320160/%28affichage%29/press, on a de quoi être bien atterré par la suffisance imbécile de la plupart des critiques de cinéma français) : le critique de Télérama, un certain Louis Guichard, qui n’a même pas vu que ce film, sous des allures de simple comédie, traitait d’un sujet, et même d’ un grand sujet contemporain, trouve que c’est « un Woody Allen très mineur, exsangue ». Exsangue lui-même ! Alors qu’on a affaire à un film formidablement tonique, qui déroule ses quatre histoires à un rythme allègre preste constamment soutenu ! Et « mineur » ! Quand le moins bon des films de Woody Allen est encore infiniment supérieur à 99% de la production cinématographique mondiale ! Et le critique du Monde, Jacques Mandelbaum, ose écrire que « Voilà sept ans que Woody Allen se veut plus européen qu’américain, si tant est que le vénérable juif new-yorkais, incorrigible narcissique, fan d’Ingmar Bergman et sujet à l’affolement identitaire (Zelig) ait jamais pris racine ailleurs que dans les quatre coudées de sa névrose. ». Crétin, triple crétin, cretinissimo ! Comme si le fait de tourner en Europe signifiait qu’il se veut «plus européen qu’américain » – surtout s’agissant de ce film, qui montre comment le cancer de la célébrité-débilité pourrit aussi bien la société italienne que les zétazunis. Comme si l’épithète « vénérable », créée spécialement pour les poètes aveugles au-dessus de 658 ans – âge auquel, dit-on, Mathusalem commença à laisser paraître certains signes de vieillissement -, convenait le moins du monde à quelqu’un d’aussi incroyablement jeune d’esprit que Woody Allen. Comme si parmi les juifs new-yorkais il n’y avait la même proportion d’imbéciles que dans toutes les populations et comme si ce « juif new-yorkais » là n’était pas un être humain avant tout, intelligent, doué de la faculté rarissime de se faire comprendre de tous – à l’exception bien sûr des critiques du Monde, de Télérama et de quelques autres « supports » de presse – et donc pas du tout un « incorrigible narcissique ». Comme si Zelig était le symptôme d’une pathologie alors que c’est un film qui met en évidence la pathologie humaine très répandue qui se manifeste par le conformisme, le suivisme, le fanatisme politique ou religieux – de même que To Rome with love met en évidence l’action délétère de la célébrité sur des personnes assez différentes pour représenter une société. Comme si une démarche créatrice consistait jamais à « prendre racine », alors qu’il s’agit toujours au contraire de se libérer par des œuvres de ce qui plombe la vie. Comme si on pouvait faire reproche à un poète, un romancier, un cinéaste d’être personnel et de prendre pour matière ce qu’il connaît le mieux : lui-même. Comme s’il n’y avait pas des névroses dont l’angoisse était inspirée par la certitude de la mort et l’oubli de cette certitude par la plupart des contemporains – par exemple tous ceux qui ne voient que les mirages de la célébrité -, et comme si ces névroses, loin d’être des maladies qu’il faudrait essayer de guérir, n’étaient pas au contraire la marque de la vraie santé mentale. Comme si Woody Allen dans ses films – et celui-ci ne fait pas exception – ne montrait pas régulièrement plusieurs névroses contradictoires, y compris les siennes. Comme si on n’avait pas cessé d’utiliser la coudée comme unité de mesure depuis à peu près la fin de l’ancienne civilisation égyptienne.

Qu’est-ce qui leur prend ? Ils sont tous devenus aveugles et sourds ? Ils sont tombés dans le grand ramollisseur de cervelles ? Nous avons la chance d’être contemporains d’un immense poète artiste comique, dont le génie est comparable aux plus grands, d’Aristophane à Chaplin, Queneau ou Fellini, en passant par Lucien, Rabelais, Molière, Swift, Sterne, Beaumarchais, Jean-Paul, Mark Twain, Allais, Jarry, Chesterton ou Boulghakov, il nous offre une comédie burlesque polyphonique constamment surprenante, aussi extrême dans l’énaurme que dans la finesse, dont les histoires sont rendues crédibles par des acteurs tous excellents, et qui donne mine de rien une image très improbablement juste du monde renversé dans lequel nous vivons, et les tontons flingueurs de la Critikkitue ne trouvent rien de mieux à faire que de sortir leurs fusils recourbés pour tirer dans les coins (brevet Christophe 1895) et tirer à qui mieux mieux des formules assassines : « remake moisi », « écriture automatique », « pantins peinturlurés », « vulgaire pochade » (Prioul, Première) ; « panne flagrante d’inspiration » (Schreurs, À voir à lire) ; « voyage au bout de l’ennui, dénué de charme, d’humour et d’originalité » (Barcilon, Télé 7 jours) ; « sans prétention, ni véritable enjeu » (Carrière, L’express) ; « vaut le détour pour deux plans, une idée de scénario » (Lançon, Libération) ; « le plus paresseux des euromovies de Woody (Kaganski , Les Inrocks) ; « Woody Allen ne s’est pas foulé : il recycle ses vieux thèmes, et ne tente strictement rien de nouveau » (Riaux, Écran large) ; « En panne d’inspiration, le cinéaste se tourne vers le génial Federico Fellini » (Colombani, Le point). Rideau.

Est-ce si banal d’imaginer un petit employé insignifiant projeté sans aucune raison dans le monde délicieusement frivole et idiot de la célébrité ? Ou un croque mort qui, lorsqu’il chante sous la douche, devient un nouveau Caruso, pour lequel on en vient à installer une douche sur la scène d’un opéra ? Ou une prostituée hypersexy qui, sans quitter sa robe de travail rouge hypermoulante et hypercourte, doit jouer auprès d’une famille grande bourgeoise guindée le rôle de la jeune épouse d’un provincial juste marié ? Ou une jeune provinciale aux allures de Sainte Nitouche qui se retrouve le premier jour de son voyage de noces dans le lit d’un acteur italien très célèbre (style fascist lover années 30) qu’elle échange sans trop d’états d’âme pour un jeune et beau voleur « spécialisé dans les chambres d’hôtel » ? Ou un ex-organisateur de spectacles musicaux qui a mis en scène Rigoletto en habillant tous les personnages en souris ou La Tosca dans une cabine téléphonique, et qui veut croire que le qualificatif d’« imbécile », que les journalistes lui ont gentiment appliqué après son introduction de la douche à l’opéra (on voit au passage qu’en matière de méchanceté les critiques français ont encore des progrès à faire), signifie « en avance sur son temps » ? Ou une jeune future actrice américaine qui n’a pas moins de facilité à citer un vers de Yeats ou évoquer Le mythe de Sisyphe qu’à raconter sa vie hétéro et homo-sexuelle en évaluant comparativement l’intensité de ses orgasmes, et séduit le compagnon de sa meilleure amie juste pour avoir quelqu’un avec qui faire du tourisme en Italie ? Ou un jeune étudiant en architecture très sérieux qui en vient à vouloir gâcher son bonheur et son avenir pour une donzelle fatale qui se fiche de lui alors même qu’il est averti à chaque nouveau pas dans le piège qu’elle lui tend par une sorte d’ange gardien qui est passé par là et, justement, passait par là (de quoi réfléchir sur l’impossibilité de transmettre la sagesse que procure l’âge, non ?) ?

Est-ce que raconter en parallèle ces quatre histoires plus ou moins violemment invraisemblables n’est pas une manière remarquablement habile de faire – autant que possible – oublier leur invraisemblance, en faisant jouer d’autres effets de contraste que ceux qui engendrent des cascades de situations hénaurmes dans chaque histoire (une prostituée dans la chapelle sixtine ! une douche à l’opéra !) ?  Est-ce que chaque récit, sous une apparence de succession d’événements contingents, ne suit pas une progression extrêmement logique qui s’impose même quand les héros de l’histoire sont avertis de ce qui va se passer, et est-ce que cette logique improbable ne procure pas ce plaisir d’intelligence de l’apparemment inintelligible sans lequel il n’y a pas de grande comédie (non plus que, plus généralement, de grand art) ?

Est-ce que Alec Baldwin (John Foy, architecte qui a fait fortune dans les centres commerciaux), Roberto Benigni (Leopoldo Pisanello, homme ordinaire), Woody Allen (Jerry, le père de Hailey, ex-metteur en scène avant-gardiste d’opéra), Judy Davis (Phyllis, psychiatre et néanmoins femme du fou précédent, très habile à lui épargner les interprétations déplaisantes de ses délires artistiques), Penelope Cruz (Anna, prostituée de luxe), Ellen Page (Monica, la minette fatale), Jesse Eisenberg (Jack, l’étudiant en architecture), Greta Gerwig (Sally, la fille qui, en toute inconscience, fait tout pour se faire piquer Jack, son ami, par sa meilleure amie), et tous les autres ne sont pas tous parfaitement adéquats à leurs rôles ? (dans Midnight in Paris, par contre, il y avait quelques erreurs de casting)

Est-ce que Rome est trop présente ? Est-ce qu’il a abusé des cartes postales ? Les plans touristiques ont tous leur fonction dans l’une des histoires, et il y en a très peu. Est-ce que tout cela pourrait se passer ailleurs qu’à Rome ? Il n’y a pas tellement de villes touristiques qui, tout en se palindromisant, en italien, en « Amor », se prêtent aussi bien à des considérations sur l’architecture et l’espace, où la probabilité qu’un croque mort soit en même temps un nouveau Caruso qui s’ignore est si loin d’être nulle, ou dans lesquelles on peut être sauvé de la meute des paparazzis par une procession.

Est-ce qu’ il n’ y a pas beaucoup de ces répliques ou de ces dialogues incroyables que Woody Allen est le seul à savoir trouver ? : – « J’ai un QI de 150, 160 » – « En dollars c’est beaucoup moins » ; – « Le fils est communiste, le père croque mort. La mère dirige une léproserie ? » ; – « Il chante pour le plaisir, pas pour l’argent » – « L’argent peut donner du plaisir, c’est vert, c’est doux à caresser » ; – « La division du psychisme en « ça », « moi » et « surmoi » ne vaut pas pour moi »  – « En effet, tu es le seul cerveau avec trois « ça » » ; – « Je ne veux pas que mon père soit livré aux requins du show-bizness » – «  Dans l’ordre aquatique, on m’a comparé à une méduse mollassonne, mais ça n’a jamais été plus loin » ; – « Je meurs d’envie de faire l’amour avec vous pour le raconter à mes petits enfants » ; – « J’ai … une illumination, une épiphanie, … » – «  Un désir de mort » ; – « Ce sera le chanteur le plus populaire au monde » – « En tout cas, ce sera le plus propre » ; – « Si tu rencontres Freud, demande-lui de me rendre mon argent » ; – « « Les critiques sont très bonnes, on dit que je suis un « imbecile », qu’est-ce que ça veut dire ? » – «  « ça veut dire que tu es en avance sur ton époque »

Dernier beut pas least (comme n’aurait sans doute pas dit Monsieur de la Palice) : contrairement à ce que pense (?) Monsieur Guichard, de Télérama, ce film a un un sujet, pas précisément petit, qu’on pourrait grossièrement formuler comme : le rôle de la célébrité dans nos vies. Woody Allen, qui a déjà consacré un film remarquable à cette peste de notre époque (Celebrity, 1999), l’aborde ici par le biais de gens ordinaires, qui vivent en dehors et en dessous du monde de ces nouveaux dieux qui monopolisent l’intérêt des journaux, des radios et des télévisions (lus, écoutées et regardées par des gens ordinaires), mais en viennent soudain à y pénétrer : sans raison, comme Leopoldo Pisanello, « le premier couillon venu », dont les graves questions de savoir ce qu’il prend au petit déjeuner, comment il se rase ou s’il porte des slips préoccupent soudain l’Italie entière (est-ce que les vedettes de la si mal nommée « télé-réalité » ont plus droit à notre intérêt?) ; par fascination de midinette, comme la jeune provinciale qui perd tout contrôle d’elle-même lorsqu’elle rencontre une star du cinéma (est-ce que ce genre d’hystérie est si anachronique?) ; parce que leur talent exceptionnel est découvert par un faiseur de célébrités, comme le croque mort qui ne belcante bellissimement que sous la reïne de la douche (est-ce que la démarche de Dubuffet découvrant les artistes « bruts » était si différente?) ; par ambition, comme la jeune américaine qui oublie tous ses projets touristico-amoureux quand elle apprend qu’elle a un rôle dans un film, ou comme l’étudiant en architecture qui rêve de devenir un nouveau Frank Lloyd Wright.

Et la leçon de ces rencontres du troisième type avec la célébrité est régulièrement négative : – la célébrité rend bête, faux, menteur, fait oublier toute notion morale  – la curiosité pour les célébrités amène à s’intéresser à des choses totalement dépourvues d’intérêt   – le désir de célébrité amène à concevoir des abominations artistiques, ou fait renoncer à ses idéaux   – …  Mais Woody Allen est trop installé dans l’ambiguité de tout, trop artiste, pour trancher, et c’est celui qui fut un temps le chauffeur de Leopoldo Pisanello qui semble avoir le dernier mot : « La vie est parfois cruelle pour tout le monde, mais être riche et célèbre est certainement ce qu’il y a de mieux. »

 

 

 

 

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22 Réponses »

  1. BRAVO pour ces commentaires passionnés ! Je ne peux pas dire que j’aime tout de ce grand metteur en scène mais il a le génie qu’a eu Proust pour décrire un certain milieu, une certaine société, avec l’humour en plus ! Sa force comme chez Proust, c’est qu’il décrit de l’intérieur. C’est du vécu, mordant et touchant à la fois.

  2. Bonjour Etienne,

    Brillant et très juste texte : j’ai vu le film (par « principe » je vais voir _ ou j’essaie de voir_ chaque Woody Allen annuel, je suis fan bien sûr) et j’ai été, comme toi, épouvanté par les critiques que j’avais lues auparavant et que j’ai lues après.
    Je suis archi d’accord avec tout ce que tu écris et je voudrais juste rajouter que si le cinéma français pouvait simplement sortir un ou deux films de cet acabit par an, un pseudo W.Allen « mineur » disent certains, ce serait déjà très bien. Malheureusement, le milieu du cinéma, formaté par la l’influence de la télé et des décideurs de tout genre trop frileux, est à l’image d’une certaine partie de la critique bien-pensante et suiviste de pseudo-modes « auteuristes » (les Inrocks, Télérama, Les cahiers du cinéma, Technikart) : pour les premiers, rien ne vaut une bonne petite comédie politiquement correcte avec des vedettes du petit écran et un scénario mal écrit, mais habile et démago, tandis que pour les seconds, W.Allen ne vaut plus rien dès lors qu’il ne refait pas à chaque fois un chef d’oeuvre du style Annie Hall ou Manhattan !
    Tout cela est bien triste, surtout quand on sait que la France est le pays européen où le cinéma se porte le mieux, est le mieux défendu (pas forcément par les critiques de plus en plus incultes) et le plus financé institutionnellement.
    Par contre, on n’a toujours pas de W. Allen ! Et si tout cela n’était pas révélateur d’une immense crise de jalousie de la part de critiques souvent frustrés sur le plan créatif…

    Cordialement.
    François

  3. envie, jalousie : oui, il y a quelque chose de cet ordre

    et pour les cinéastes, il y a de quoi : W.A. est naturellement dans une dimension d’universalité à laquelle les cinéastes français n’arrivent que très rarement, mais pour les critiques ?

    enfin, la critique telle qu’elle est comprise par beaucoup d’entre eux oscille entre l’encensement et le flinguage :
    leur manière sans doute de rester jeunes,
    avec comme seules options d’appréciation :
    « C’est nul »
    ou
    « Génial ! »

    et puis l’épidémie chronique de pisse-froidure n’affecte pas seulement les milieux universitaires …

    bon courage pour cette année

    étienne

  4. Je pensais être la seule à avoir aimé ce film je vois et j’entends que nous sommes au moins deux. Merci. Lisa

  5. il y en a peut-être même deux ou trois autres,
    ne désespérons pas !

    from Redcastle with love

    étienne

  6. C’est plutôt en latin le palindrome roma/amor.
    Je crois que c’est même un graffiti sur un mur de la vieille Pompei.
    Les Romains disaient que c’était le nom secret de Rome.

    Évidemment, Rome est la ville du théâtre par excellence, on
    dit même que la pompe catholique, c’est le génie théâtral de Rome.
    Il n’empêche que Woody Allen s’est fait donner un million et demi d’euros
    par la mairie de Rome, comme il avait reçu un million et demi de la ville de
    Paris, car ce sont des films faits sur mesure pour la pub et la promotion touristique…

  7. merci pour la correction du palindrome

    mais ce n’est pas parce qu’une ville peut tirer un profit touristique d’un film
    et le finance en conséquence,
    que ce film est « fait sur mesure pour la pub et la promotion touristique » …
    (vous l’avez vu ?)

    cordialement

    et.c.

  8. Cher Etienne Cornevin,

    non, comme je n’ai pas vu Gomorra et autres matraquages.
    Sur le film de Woody Allen il y a eu une série d’articles en Italie,
    surtout des intellectuels romains, qui disaient qu’il n’a strictement rien compris
    de Rome et qu’il ne peut évidemment pas (c’est un juif new-yorkais). Si l’on ne connaît rien
    à la culture classique, à l’histoire de l’empire romain, aux fastes de l’église, aux splendeurs de la
    Renaissance, bref si l’on n’a aucun penchant pour le symbolique et la densité de l’histoire,
    Rome n’est qu’un amas de vieilles pierres et rien d’autres. Avez-vous lu le roman « Rome » de Zola?
    Un parfait plouc parisien qui débarque sur la Lune…
    En ce moment Rome vit une phase terrible (comme toute l’Italie), elle perd son âme avec l’arrivée
    des Roumains, des Tunisiens, etc. qui violent littéralement un espace culturel où domine depuis des siècles
    la nonchalance affective, la paresse dans le sens de l’otium romain (le contraire du negotium qui fait le
    génie juif justement), etc. Tout ça est fort triste et Woody Allen est venu faire une carte postale
    sur le comique du théâtral, comme il avait mis les petites lumières autour des arbres de Paris
    aux frais de Delanoë…
    Cordialement

  9. je comprends votre tristesse relativement à ce que devient Rome,

    mais le reproche des intellectuels romains à Woody Allen est infondé,
    car il ne prétend pas du tout avoir « compris » Rome :
    toutes les histoires de son film se passent dans une Rome touristique,
    de même que les histoires de Midnight in Paris se passent dans un Paris touristique,
    et bien sûr les romains connaissent une autre Rome,
    comme les parisiens connaissent un autre Paris,
    mais le tourisme est un des phénomènes essentiels de notre époque
    du point de vue économique comme du point de vue « culturel »
    et désormais une bonne partie de la vérité de ces deux villes est dans la fausseté et la superficialité touristique

    cordialement

    et.c.

  10. Cher Etienne Cornevin

    hier soir j’ai dîné avec Michele Canosa et sa femme. Canosa est prof de cinéma
    à l’université de Bologne, la plus ancienne université au monde, et il enseigne au DAMS
    devenu célèbre à cause de Umberto Eco. Alors je lui ai posé la question. Il est révolté contre
    Woody Allen. Il m’a dit: « On l’a payé pour se faire insulter ». Canosa est un éminent critique et
    historien de cinéma et, de plus, c’est l’opinion générale en Italie.
    Je ne sais pas, peut-être qu’on s’attendait justement qu’il fasse un film plus profond, qu’il essaye de saisir l’âme de Rome.
    Aujourd’hui le pouvoir du monde se trouve à Washington, mais si vous prononcez le mot
    Washington cela ne vous dit strictement rien. Le mot Rome est magique et universel à la fois.
    Pensez par exemple à certaines séquences des film de Fellini ou de Pasolini qui ont su saisir
    justement tous les aspects contradictoires d’une ville unique au monde.
    Un jour un français très cultivé m’a dit qu’il n’y a au monde que deux villes, Rome et Paris, et ce sont
    les deux pôles de l’Occident, le catholicisme d’un côté et les Lumières de l’autre.
    Et vous ne trouvez pas triste qu’un Woody Allen quelconque vienne en faire sa petite salade?
    Très cordialement

  11. je croyais que le premier devoir d’un critique était d’essayer de comprendre ce que l’artiste
    (poète, philosophe, peintre, cinéaste, …) a voulu faire,
    mais il semble que votre ami et « l’opinion générale » italienne ont une autre conception …

    Bien sûr, je ne m’opposerai pas à l’Italie entière,
    mais vous me permettrez j’espère de rester fidèle à une méthode que je pratique depuis plus de trente ans
    (à mon âge, on change difficilement ses habitudes),
    et de continuer à croire que Woody Allen n’est pas plus quelconque
    que Fellini ou Pasolini,
    et qu’aucun de ses films n’est de la « petite salade ».

    bien cordialement

    et.c.

  12. Cher Etienne Cornevin

    ce n’est pas un dialogue de sourds, vous prenez le film en tant que film,
    moi je le prends en tant que film sur Rome, c’est ça la différence.

    Par ailleurs vous avez dû lire la polémique née d’un film français présenté à Venise dont
    le scénario avait été lu par l’agent de Woody Allen qui en a volé les idées.

    Par ailleurs encore, j’adore Woody Allen, il a fait des films formidables, mais depuis un certain temps
    il fait des films qui ne naissent pas d’une idée forte, d’une obsession, de quelque chose
    qui est profondément ressenti et qui pousse l’artiste à s’exprimer. Ce sont des films basés sur des sketchs
    et motivés par un financement. Le film qu’il a fait sur Venise était très beau. Pourquoi? Il passe au moins deux mois par an à Venise, il y va continuellement car il adore la ville et voulait s’acheter un palais sur le Canal Grande, donc le film sortait de quelque chose de vrai au niveau de la sensibilité. Il a vraiment absorbé l’esprit de Venise.
    En revanche, il ne va jamais à Rome et il a attendu qu’il ait un maire néo- ou post- fasciste berlusconien pour demander de l’argent. Il paraît qu’il veut faire d’autres capitales européennes avec ce même système.
    Je croyais qu’on peut définir ça « une petite salade ».

    Par ailleurs, la critique française a condamné elle aussi le film. J’ai lu des articles très négatifs. Justement parce qu’il déçoit par rapport à ces film précédents.

    En tout cas, pour moi c’est un film sur Rome, c’est ça le point qui me fait réagir. Et les Italiens (qui adorent Woody Allen) ont réagi pour ça.

    Je ne mets pas Woody Allen plus bas que Fellini ou Wenders, je dis que là il n’a pas compris que Rome mérite une réflexion plus profonde. Fellini et Pasolini ont formulé des critiques féroces de la Rome catholique, de la Rome misérable dans leurs films, mais cela avait le don de l’authenticité.

    On arrête là si vous voulez bien

    Très cordialement

    Giovanni Lista

  13. Bravo pour ton coup de gueule !

    Et il faudrait lancer une enquête auprès des soi-disant néo-critiques de cinéma
    qui n’entendent se distinguer qu’en prenant le contre-pied de ce qu’ils “jugent” n’être qu’un effet de mode
    Car eux, bien sûr, baignent dans la Critique du jugement esthétique depuis leur naissance !

    Questions simples à poser:

    • Vous avez quel âge ? Depuis quand êtes-vous entrés dans “la critique”?
    Pourquoi avez-vous choisi le cinéma plutôt que la cuisine ou l’horticulture ?
    • Quand êtes-vous allés voir un film en salle pour la dernière fois ?
    Éventuellement, à quel rythme par an ?
    • Avez-vous entendu parler des cinémathèques ?
    Ou préférez-vous vous faire un DVD at home sur écran télé ?

    Et je ne leur demanderai même pas quelle soupe au final croyez-vous servir…

    Pourrituri te salutant !

    À la prochaine…

    JP

  14. très bonne suggestion

    il serait aussi intéressant (et formateur, peut-être, s’ils pouvaient se réformer),
    de les obliger à écrire des critiques au vitriol des chefs-d’oeuvre universellement reconnus,
    et inversement d’encenser des navets notoires

    en troisième année de licence, on leur interdirait le vitriol comme l’encensoir,
    et il ne leur resterait plus que la nuance

    bon, je sais bien,
    mais il n’est pas encore interdit de rêver

    amitiés

    étienne

  15. C’est le genre d’exercices que j’avais demandé de faire
    à des étudiants de licence à Nanterre en 1996
    – sans savoir d’ailleurs qu’Umberto Eco
    (ce que j’ai découvert après)
    faisait faire la même chose à Bologne.
    Mais “ça leur cassait la tête”,
    et ils en étaient encore au papier quadrillé de l’école primaire
    Le dernier exercice que je leur ai demandé,
    “ce que vous voulez – interview (de l’animal, of course), reportage, conte… –
    autour de la vache folle”
    j’ai eu 3 copies un peu intelligentes sur 30 !

    JP

  16. euh! J’objecte votre honneur…

    Né en 1961, j’ai connu dans les années 70/80 Woody Allen via Pilote et Rock & Folk pour ces livres d’abord totalement loufoques et dans la lignée des Groucho Marx et du nonsense dont il fut un temps le nouvel apôtre. C’est Robert Benayoun qui fut en France son St Pierre et Jacques Sternberg son St Jacques. Dire que la critique fut méchante et peu encline à l’indulgence, c’est peu dire : en ce temps là, mon brave monsieur, le non sens, cela n’avait pas de sens. C’est tout naturellement que nous sommes passés, nous fidèles disciples, du roman au film quand le zozo nouiorquais décida de détourner un film japoniais (Tiger Lilly) ou se lança comme acteur ou réalisateur voire les deux à la fois…

    Ah les merveilleux moment passé avec Prends l’oseille et tire-toi, Bananas, Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe (sans jamais oser le demander), Woody et les robots et le sublimissime Guerre et Amour… Le zygoto arrivait a synthétiser son nonsense littéraire au travers du 7ème art avec un aplomb et surtout un amour visible de ce médium. (*avouons le, cela a un peu vieilli maintenant, et la charge comique a faibli mais, mais le plaisir reste entier)

    Puis il y a eu Annie Hall et Manhattan, et on a vu une autre facette du bonhomme plus posée, même si l’humour était toujours présent, et ce film, déjà à l’époque, scinda en deux les partisans du joueur de clarinette. Ceux qui ne pigeaient plus rien, et ceux qui adhéraient en se disant une page est tournée. Je fus de ces derniers. Ce fut aussi la fin des mauvaises critiques à l’encontre de Woody et son entrée dans l’intelligentsia bobo des critiques en chaussons prêts à porter au pinacle ce que hier ils vouaient aux enfers (Eastwood a subi le même sort à peu prés à la même époque)

    Le Woody va alterner alors entre films d’auteur (Hannah et ses soeurs, Alice), films drolatiques et légers et non dénués de poésie (Comédie érotique d’une nuit d’été, La rose pourpre du Caire) ou films faussement dégagés (Zelig, Maudite Aphrodite). Bref toute la période Mia Farrow, en gros.

    La critique est bonne, mais le bonhomme est bon aussi, donc y’a pas de lézard. Et on trouve des petites perles comme Tout le monde dit I love you, Harry dans tous ses états, Escrocs mais pas trop, Le Sortilège du scorpion de jade…

    Pour ma part je décroche à Hollywood Ending en 2002 et je déclare officiellement Woody Allen mort d’insuffisance artistique avec Match point en 2005, un navet dont ma grand mère ne voudrait même pas pour la soupe. Le bonhomme est sous assistance respiratoire mais son encéphalogramme est plat, nous répétant ad nauseam les même trucs éculés (Paris : Check! – Barcelone : Check! – Londres : Check! – Rome : Check! C’est quoi la prochaine ville?) ou pire ratant carrément un film avec une idée de départ formidable et des scènes de toutes beauté (Minuit à Paris) en y faisant sur-jouer de mauvais acteurs ou des chanteuses de salle de bain qui « veulent faire un Woody Allen » (pitoyable et très très énervant Owen Wilson, inexistante Cotillard contrastant avec les sublissimes rencontres du passé, à un moment j’y ai cru puis non c’est plié, y’ a rien à sauver de ce désastre. C’est aussi la marque de fabrique de Woody: a/ trouver des acteurs célèbres qui acceptent de jouer pour le prestige et des clopinettes dans un film choral.On aménage le planning en fonction de leurs emplois du temps (Altman a inventé le truc) b/ trouver des capitaux en Europe et filmer là bas les américains ne parieraient pas un cent sur film de Allen c/ le buzz, le buzz assuré par tous les critiques complaisants qui sont prêt à encenser une bouse, car c’est du Eastwood, ou du Allen, ou du BHL !!!!)

    Le retour sur soi ou l’étude de soi comme départ d’une œuvre est un bon point de départ, mais à trop se répéter ben on lasse fatalement.  » Immense poète artiste comique, dont le génie est comparable aux plus grands, d’Aristophane à Chaplin, Queneau ou Fellini, en passant par Lucien, Rabelais, Molière, Swift, Sterne, Beaumarchais, Jean-Paul, Mark Twain, Allais, Jarry, Chesterton ou Boulghakov… » Euh c’est une blague non? Chaplin lui même à une Comtesse de Hong Kong et un roi à Hong King de trop dans toute son euvre, et je le répète une partie de l’œuvre de Woody Allen a très mal vieilli et le tout n’atteindra jamais à l’universel comme celle de Chaplin

    Je n’ai pas vu et n’irai pas voir To Rome with love . Je sais c’est mal, mais j’aime le bonhomme qui me fit rire aux larmes avec Dieu Shakespeare et moi, et qui m’émeut toujours avec la Rose pourpre du Caire (peut être son plus beau film car le plus cinématographique) et je conçois que l’on veuille encore soutenir le personnage au demeurant sympathique. Mais il faut se faire une raison: il est dans le coma et sauf un miracle il ne se réveillera plus alors ne cautionnons pas l’acharnement thérapeutique et gardons de lui l’image du génie qu’il fut un temps.

    RIP et Amen

    Alban

  17. c’est quand même extraordinaire, tous les films que ce mort a pu tourner !

    2002 Hollywood Ending – (LM) 107 minutes
    2003 La Vie et tout le reste Anything Else (LM) 108 minutes
    2004 Melinda et Melinda Melinda and Melinda (LM) 100 minutes
    2005 Match Point – (LM) 124 minutes
    2006 Scoop – (LM) 96 minutes
    2007 Le Rêve de Cassandre Cassandra’s Dream (LM) 98 minutes
    2008 Vicky Cristina Barcelona – (LM) 90 minutes
    2009 Whatever Works – (LM) 92 minutes
    2010 Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu You Will Meet a Tall Dark Stranger (LM) 98 minutes
    2011 Minuit à Paris Midnight in Paris (LM) 100 minutes
    2012 To Rome With Love

  18. ;0)

    mon amour et respect pour lui s’arrête en 2005 ensuite il semblerait qu’il y ait quelques mouvements spasmodiques, mais techniquement et artistiquement (un avis qui n’engage que ma petite personne) on est proche du pas très bon ou du juste correct (Melinda et Melinda par ex.)ou du très mauvais (Match Point par ex.)et de la mort artistique il va de soi: Woody Allen n’a selon moi plus rien à dire d’intéressant du moins…

    Dur, dur je le sais mais avec un film par an (depuis 1982 si ma mémoire est bonne avant c’était un film tous les 2 ans) on ne peut pas (personne ne le peut) se renouveler, se régénérer sur une œuvre somme toute ego-centrique à la base. Comme il le dit si bien lui même : « l’éternité c’est long, surtout vers la fin » t là c’est un peu longuet surtout que le bonhomme rate des films à cause d’un casting de merde ou une perte d’énergie au 3/4 de l’action comme le Midnight in Paris qui frôle, dans les scènes du passé, le sublimissime (tout n’est pas à jeter mais manger juste la cerise au sommet du gâteau me laisse un peu sur ma faim!)

    Alors que reste-t-il ? Pour moi tous ses écrits et ensuite :

    Pour le côté subversif et drôle (bien que cela ait vieilli)

    Prends l’oseille et tire-toi
    Bananas

    Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe… sans jamais oser le demander
    Woody et les robots

    Guerre et amour

    Pour son approche courageuse et bergmanienne avec du Woody dedans (cela a terriblement vieilli aussi, et je me suis endormi lors du re-visionnage de Manhattan alors que plus jeune j’étais resté scotché )

    Annie Hall
    Intérieurs

    Manhattan
    September

    Hannah et ses soeurs

    Pour la poésie et la drôlerie et pour le coup une maîtrise cinématographique et des films qui eux restent frais
    Zelig

    Broadway Danny Rose
    La Rose pourpre du Caire

    Ombres et brouillard
    Meurtre mystérieux à Manhattan

    Escrocs mais pas trop
    Le Sortilège du scorpion de Jade

    Pour son rôle d’acteur dans le Prête nom

    Le reste et quelques films poussifs d’intervalles de 1980 à 2000 n’est pas cinématographiquement sauvable (même si les acteurs, sont bons, même si c’est un dieu du dialogue ciselé et mordant, cela ne suffit pas à relever l’ensemble de cet instantané de vie qu’est un film), et il faudra laisser les bobines sombrer avec le bateau.

    Roberto Benigni joue dans le dernier qui se passe à Rome. Je donne tous les Allen (même ceux que j’aime) contre Le Tigre et la neige de Benigni. Du rire, des larmes, de la réflexion, de la poésie et un enchantement visuel du cinéma quoi…

    Alban

  19. J’ai téléphoné à Woody dans l’au-delà,

    et il m’a dit que l’intérêt que tu avais récemment manifesté pour la question des sarcophages de Quarré les tombes ou ailleurs
    l’avait favorablement impressionné,
    et qu’il était très touché par ton aimable notice nécrologique,
    mais qu’il n’était pas absolument sûr d’être mort,
    et qu’il préférait confier son service funéraire à une entreprise de pompes funèbres un peu moins pressée de l’enterrer

    désolé pour ce marché qui t’échappe,
    mais les futurs déjà morts sont de plus en plus chichiteux, de nos jours,
    il faut s’y faire

    bah un enterrement de perdu, dix de retrouvés !
    propose donc tes services à Benigni,
    les italiens sont peut-être moins pointilleux sur ce genre de question annexe

  20. « Ma mort ne m’inquiète pas. J’aimerais simplement ne pas être là lorsque ça se produira. »

    Woody Allen

    :0 )

  21. Ty nespis ?

  22. Spáť ?

    Na čo je to dobré ?

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