Nouvelles-hybrides

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Prix du tractorisme dialectique décerné à Mikhaïl Mikhaïlovitch Onfrayovitch

Par • 28 Mai, 2010 • Catégorie: Actualités, Nouvelles de l'Institut des sciences à peu près

Nos correspondants de l’académie de Mourmansk sont heureux de nous annoncer que le prix du tractorisme dialectique  a été décerné à l’unanimité au camarade  Mikhaïl Mikhaïlovitch Onfrayovitch pour son livre : « Les affabulations du tractoriste Simon Lajoie ».

Dans une langue remarquablement pondérée et concise (3500 pages seulement), le camarade Mikhaïl Mikhaïlovitch  Onfrayovitch, diplômé de la haute école de tractorisme  élémentaire  de  Mourmansk, démontre les nombreuses insuffisances du tracteur Lajoie, adopté depuis longtemps par la plupart des travailleurs  agricoles des pays capitalistes :  – il creuse des sillons ondulés qui font ressembler les champs labourés à des vagues, au lieu de la belle ordonnance militaire des champs socialistes  – le labour n’est jamais vraiment terminé, et doit constamment être recommencé   – le moteur est compliqué et ne peut être réparé que par des mécaniciens spécialistes qui ont fait des années d’études supérieures   – il arrive très souvent que les tracteurs Lajoie buttent sur des vestiges archéologiques, et il faut alors interrompre le labour pendant des semaines, des années ou quelquefois pour toujours   – les machines Lajoie sont capillotractées, c’est-à-dire que des cheveux servent de courroies de transmission, ce qui nécessite l’entretien d’une abondante pilosité tout à fait contraire à l’aspect calvitoglabre du tracteur Oulianov qui a notre préférence depuis la Grande Révolution   – les conducteurs se prennent pour des artistes et abreuvent les sillons de liquides impurs simplement pour faire joli !

La partie la plus novatrice de l’étude du camarade  Mikhaïl Mikhaïlovitch  Onfrayovitch porte sur la personnalité de l’inventeur du tracteur Simon Lajoie (qui s’appelait – c’est une des nombreuses révélations du livre – Simon Lajoie). On se doutait bien qu’il s’agissait d’une hyène capitaliste décadente, mais la réalité dépasse les suppositions les plus hardies. Personne ici ne lui reprochera de n’avoir pas aimé les femmes ni les pédérastes, le tractorisme n’est pas  une profession de tapettes,  mais Simon Lajoie était un affabulateur, qui a présenté son tracteur comme un nouveau modèle de Formule 1, et comme un modèle tout terrain, alors qu’en haute montagne, sur un lac gelé ou dans les fosses marines il est inutilisable ! De plus, Simon Lajoie était un arriviste qui n’a pas hésité à prendre à rebours toutes les idées courantes en matière de tracteur pour devenir plus vite « rich and famous ». Simon Lajoie était cupide : il avait installé un carré de terre dans son deux pièces/cuisine sans ascenseur, et il le retournait tous les jours avec un tracteur miniature en récitant la fable du Laboureur et ses enfants. Simon Lajoie était incestueux, allant jusqu’à coucher avec son tracteur  (qui était comme son fils). Simon Lajoie était superstitieux : il faisait abreuver de blé les sillons que ses tracteurs avaient creusé pour conjurer la stérilité. Simon Lajoie était paranoïaque : il expliquait à tout le monde le fonctionnement de son invention pour empêcher qu’on ne la lui vole.

On pourrait continuer ainsi assez longtemps, car il était en outre névrosé, dépressif, phobique, hypocondriaque, fumeur invétéré, drogué et avait bien sûr des sympathies pour les fascistes italiens. En lisant l’essai du camarade Mikhaïl Mikhaïlovitch Onfrayovitch, tous les tractoristes authentiques – et alphabétisés – oscilleront entre l’indignation, le mépris, le dégoût et le doute : se peut-il donc que l’un de ceux qui ont le plus fait pour la modernisation du tracteur nous aie fait à de nombreux égards régresser en deçà des attelages de bœufs traditionnels ? Hélas, le camarade Onfrayovitch a rassemblé des preuves accablantes : le tracteur Lajoie n’était qu’une illusion, et cette illusion n’a plus d’avenir.

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6 Réponses »

  1. De tout ce que j’ai déjà pu lire sur ledit essai, votre texte est sans aucun doute le plus adéquat. Seules la dérision et la satire conviennent à pareille arrogance crétine, et vous brillez violemment dans ce ton et ce genre. Ravie d’avoir découvert votre site à cette occasion. SK

  2. À propos de l’affaire Onfreud :
    http://www.facebook.com/notes/psychanalogie/en-realite-michel-onfray-veut-sauver-la-psychanalyse-contre-freud-et-les-psychan/391038327884
    = http://goo.gl/srst
    Où l’on découvre dans les propos de M. Onfray dans la presse et à la télévision qu’il cherche à substituer à la psychanalyse dite « freudienne » une « psychothérapie pour aujourd’hui », « psychanalyse post-freudienne », consistant en… la « méditation philosophique », substituée par supersessionisme. Et que pour cela, il cherche à ridiculiser la règle fondamentale, la « loi » de la psychanalyse, qui consiste du côté du patient à dire tout ce qui vient à l’esprit (« association libre »). Et que dans ces conditions, le livre de M. Onfray cherchant à ridiculiser Freud n’est qu’un moyen de parvenir à ses fins qu’il révèle par ailleurs : « je souhaite dire que j’aimerais que ce livre soit aussi et surtout l’occasion de penser une psychothérapie pour aujourd’hui », in article de M. Onfray publié sur le site du Monde le 7 mai 2010. Où l’on découvre que tout ceci est motivé par la phobie de la notion “freudienne” selon laquelle la « normalité » n’existe pas, et qu’il n’y a qu’une différence de degré, et non de nature, entre les « normaux » et « ceux qui ne le sont pas », et que M. Onfray estime cela scandaleux et tient à une frontière nette entre les deux, afin de pouvoir se placer… devinez dans quelle catégorie : voilà toute l’affaire. Voilà ce qu’y trouvent ceux qui soutiennent M. Onfray dans son ambition.
    Sommaire
    — des extraits de l’article de M. Onfray paru sur le site du Monde le 7 mai 2010 (mais non paru dans l’édition papier)
    — un premier commentaire de l’article de M. Onfray paru sur le site du Monde le 7 mai 2010
    — des extraits du Dossier publié par Le Monde, sur site le 7 mai 2010 et dans l’édition papier le 8 mai 2010 : deux articles parmi ceux du dossier
    — les liens vers les enregistrements vidéo de la prestation de M. Onfray lors de l’émission télévisée de Laurent Ruquier le samedi 8 mai 2010
    — la transcription et le bref commentaire des passages estimés essentiels de la prestation télévisée précitée de M. Onfray le 8 mai 2010
    — le lien vers le blog de M. Onfray qu’il consacre à son livre et les suites de celui-ci notamment dans les médias : essentiel pour mieux apprécier la “mentalité” de M. Onfray
    — addition sur la notion de science et si la psychanalyse est une science
    — le lien vers le blog d’Emmanuel Fleury qu’il consacre à l’affaire Onfray et notamment liste la plus complète des liens vers les articles relatifs à cette affaire.
    Voir http://www.facebook.com/notes/psychanalogie/en-realite-michel-onfray-veut-sauver-la-psychanalyse-contre-freud-et-les-psychan/391038327884
    = http://goo.gl/srst

    http://psychanalogie.fr

  3. Les amis du couteau sans lame auquel on a ôté le manche se réjouissent
    d’accueillir un nouveau membre dans leur confrérie :
    en effet, l’invention par Michel Onfray d’une « psychanalyse post-freudienne »,
    où il n’y aurait plus d’associations libres, donc plus d’analyse,
    et plus de psyché non plus puisqu’on ne s’intéresserait qu’à la pensée claire et transparente,
    satisfait parfaitement aux critères de l’association.

    La cérémonie de réception, réservée aux membres de l’association (à jour de leur cotisation),
    sera ouverte à tous,
    et sera conclue par une salve d’applaudissements sans les mains.

    O.Pinel
    secrétaire perpétuel provisoire

  4. Cher Monsieur O. Pinel, Je me permets de reprendre votre communiqué partout où je peux, en indiquant le lien vers l’original. Je suis admiratif de l’ouverture d’esprit de votre société d’amis. Mais je m’interroge : sans lame et sans manche, il reste la bague de sûreté ?

  5. Cher Monsieur FRDM

    les questions de bague portent à la blague,
    mais les statuts de notre société interdisent les facilités supracarambaresques
    et vous n’aurez donc pas à déclencher votre air bag de sûreté

    bague à part,
    vous trouverez des éléments de réponse dans l’article
    Sitting Bull Sokratès rencontre Freud
    http://nouvelles-hybrides.fr/wordpress/?p=1935

    bien cordialement

    O.Pinel

  6. Croire aux miracles étant passé de mode, on avait attribué ce rôle à la psychanalyse, comme plus récemment… aux huiles essentielles 😉 Les unes comme l’autre étant efficaces dans une utilisation raisonnable et victimes de la sacralisation qu’on leur a infligée ! On déboulonne les panacées-idoles, en restant aussi fanatique dans ce sens que dans l’autre et en jetant le bébé avec l’eau du bain :)

    Quand il s’agit d’une théorie aussi dérangeante que la psychanalyse, qui vous dit que vous n’êtes pas tel que vous le croyiez (et qu’il n’y a pas de quoi en avoir honte, mais encore faut-il accepter d’aller jusque là pour l’entendre), qui vous oblige à vous remettre en cause et ne plus tenir n’importe quoi pour acquis, ce mouvement de rejet est bien sûr particulièrement populaire.

    La psychanalyse n’est pas une science, ni une pseudo-science qui serait en concurrence avec les neurosciences, et la considérer selon les mêmes critères n’a pas de sens. C’est une méthode thérapeutique qui fonctionne ! même si ce n’est pas la panacée qu’on a voulu y voir par effet de mode. Les sciences ne sont pas la seule approche de la réalité. Les deux approches sont complémentaires, de même que le sont toutes les façons sérieuses (j’exclus les pseudo-sciences) d’appréhender la réalité, physique ou non. Ne considérer le psychisme que comme un phénomène physique (neurologique) serait aussi réducteur que ne considérer « La ronde de nuit » que comme un ensemble de pigments. Sans parler de domaines aussi intangibles que la spiritualité par exemple…Il est perturbant d’accepter que tout ne soit pas descriptible et explicable par la science, mais ce n’est pas une raison pour rejeter comme sans valeur – et souvent avec quel mépris hautain ! – tout ce qui ne relève pas de son domaine.

    Pour ce qui est des « psychothérapies », les baser sur La Science (comme on les baserait sur Dieu) n’a pas de sens puisqu’en fait elle ne prend pas en compte le côté « psy ». Elle traite de neurologie, le psychisme n’étant pas une dimension mesurable, quantifiable, susceptible d’une approche scientifique. On peut bien sûr traiter des maladies disons « nerveuses » (vieux terme peut-être mieux adapté que psychisme, côté « science » ;-), comme dépression ou schizophrénie, par un traitement chimique issu de la recherche sur le fonctionnement du cerveau. Par exemple pour la dépression, jouer sur le niveau de sérotonine avec des IRS est d’une efficacité reconnue. Cela compense la perturbation du fonctionnement normal. Très bien ! Le problème, c’est que cela ne joue pas sur la cause du dysfonctionnement… Si elle disparait peu à peu d’elle même, comme la douleur d’un deuil ou un déséquilibre sérotoninergique consécutif à une maladie, le traitement « scientifique » est suffisant. Mais si elle ne disparait pas, si elle n’est pas ponctuelle mais profonde9ment inscrite dans le psychisme, il faut une autre approche pour explorer, et si possible modifier, le fonctionnement du psychisme (ce qui ne se limite pas au fonctionnement du cerveau). C’est là que la psychanalyse, entre autres disciplines comme la psychologie, entre en jeu et prouve son utilité – incidemment, elle peut plutôt être néfaste dans un cas de dépression… si celle-ci n’est pas traitée par antidépresseurs 😉

    Les psychanalystes, hormis quelques fanatiques bornés et les vedettes qui travaillent plus devant les caméras que dans leur cabinet, reconnaissent l’utilité des traitements « scientifiques » en parallèle avec l’analyse, la complémentarité des deux approches. Certains recommandent eux-mêmes à leurs analysants d’y avoir recours. Il serait grand temps que les « scientifiques » aient l’esprit aussi ouvert !

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