On a marché sur la terre !
Par et.c • 12 sept, 2009 • Catégorie: Hermann Krankwein : Le coin de l'(h)amateur d'(h)art •Quel beau titre d’exposition ! Qui pourrait d’ailleurs annoncer une exposition sans oeuvres, simple invitation à regarder autour de soi comme si on venait d’une autre planète, avec éventuellement des installations optiques pour obliger les extra-terrestres débutants à focaliser sur tel aspect de telles choses (je me souviens vaguement avoir vu il y a une dizaine d’années, à Berne, une exposition de Peter Greenaway conçue selon ce principe : il avait fait construire en plusieurs endroits de la ville des sortes d’échafauds de vision, où à chaque fois un cadre obligeait les curieux à regarder dans une direction bien précise). Cela pourrait aussi donner la note fondamentale d’une exposition des Nouveaux Réalistes ou des Fluxusseux (les uns faisant souvent partie des autres, et réciproquement), qui ont voulu inventer, chacun à sa manière, un art qui permette de voir à nouveau ce que l’usage et la familiarité nous a rendu invisible. Mais ce que l’on peut voir au château de Tanlay (Yonne) jusqu’au 27 Septembre est beaucoup moins connu, et il y a des choses très intéressantes : – les cartes « en braille» ou le « Big Leap» (deux empreintes géantes (?) de pas, l’une en France, l’autre aux antipodes, sur une plage d’Hawaï) d’Éric Fonteneau (né en 54 à Cholet, travivaille à Nantes) donnent une bonne idée de ce que pourrait être une géographie à rebours, faite pour oublier nos savoirs et nos frontières – il y a sans doute trop d’eau dans les tableaux de marines îleautrésoresques d’Hervé Ic (né en 70 à Paris, travivaille à Bruxelles) pour qu’ils puissent rentrer sans difficulté dans le thème de l’expo, mais ils sont poétiquement très évocateurs, et picturalement très neufs et réussis (le principe de superposition d’images qu’il utilise est assez délicat à tenir, mais rien de ce que j’ai vu ne tombait dans la confusion) – les photographies très agrandies et, paraît-il, en relief, d’un cosmonaute dans l’espace qu’Hubert Duprat (né en 57 à Nérac, travivaille dans l’Hérault) a faites dès les années 80 rentrent elles-aussi un peu acrobatiquement dans le sujet, mais prennent une pertinence assez vertigineuse si on les envisage comme moyen de transformer un intérieur bourgeois en aquarium cosmique. Bachelard disait que dans l’Infini on n’est pas chez soi, et si on fait entrer l’Infini dans votre salon (comme y invitait Aragon, connu pour son usage modéré de la raison), c’est vous qui vous retrouvez dehors. – les dessins de touristes contemporains avec paysages d’Andrew Lewis (né en 1968 à Londres, travivaille à Argenton, Indre) sont au premier abord un peu rebutants par leur naïveté de facture, mais il y a quelque chose de convenablement désespéré et d’humoristiquement assez raffiné à reconstituer très lentement des images photographiques prises en une fraction de seconde, où il n’y a rien d’autre à voir que des gens qui regardent sans voir. Les autres choses exposées sont trop sèchement abstraites, simplement photographiques ou numériquement artificielles pour mon goût, et j’aurais trouvé opportun d’inviter Alain Bresson, qui vit et oeuvre dans le secteur, à disposer dans la cour quelques-uns de ses poissons-échassiers-quadrupèdes (lisez et regardez, dans la même rubrique, le remarquable article d’Hermann Krankwein – c’est moi ! – sur son installation à Argenteuil ), car eux sont à l’image des êtres inimaginables qui les premiers ont « marché sur la terre» , mais quoi qu’il en soit un Grand Merci à Jacques Py pour nous avoir fait découvrir des oeuvres si intéressantes !
Et un autre pour avoir rappelé dans le catalogue que Youri Gagarine, devenu un héros national pour avoir fait le tour de la Terre en 81 minutes le 12 avril 1961, « faisait huit jours plus tard cette angélique déclaration : « Ayant fait le tour de la terre dans le vaisseau cosmique, j’ai vu combien notre planère est magnifique. Hommes! gardons et multiplions cette beauté, et ne la détruisons pas.» Quatre mois plus tard, lors d’une nuit d’août 1961, les soviétiques dressaient un mur infranchissable dans Berlin, matérialisant une autre ligne de partage, celle du rideau de fer.«
et.c est
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